Le totem a été sculpté par Jacques Gill dans le poteau de galerie d'une maison ancestrale d'Odanak. Le texte « La nature est un poème » et l'image qui l'accompagne ont été réalisés par la poétesse et illustratrice abénakise-wendat Christine Sioui-Wawanoloath, qui est née à Wendake et a grandi à Odanak. Les poèmes sont de divers auteurs et autrices dont les recueils figurent dans la bibliographie plus bas. Le projet fait écho au jardin historique de l'Université de Sherbrooke et à l'application web Uiesh, visant à faire connaître les lieux porteurs de mémoire autochtones du Québec. L'idée est essentiellement d'utiliser le langage informatique Python pour diffuser des poèmes autochtones parlant du monde naturel et du rapport au territoire.

Les Premiers peuples entretiennent un rapport à la terre qui les distingue des non-autochtones. La relation au territoire constitue un élément central de leur identité culturelle.

La terre contient les langues, les récits et les histoires d'un peuple. Elle fournit de l'eau, de l'air, un abri et de la nourriture. La terre participe aux cérémonies et aux chants. Et la terre est la maison (King 2013: 218).

Alors même que, toujours selon King, la terre serait pour les non-autochones « principalement une marchandise, quelque chose qui a de la valeur pour ce que vous pouvez en tirer ou ce que vous pouvez obtenir en échange » (King 2013: 218). Dans son livre Les Autochtones : la part effacée du Québec, l'anthropologue Gilles Bibeau écrit que

le Canada [...] s'est construit sur un double roc, non seulement sur celui d'une politique coloniale à l'égard des Autochtones, mais aussi sur celui d'une économie de type extractiviste avide de ressources naturelles. Le gouvernement canadien prend aujourd'hui conscience de l'existence d'un double préalable à toute réconciliation avec les Autochtones : d'une part, le Canada doit décolonialiser ses politiques à l'égard des Autochtones; d'autre part, il doit arriver à concilier son avidité pour l'exploitation des ressources naturelles avec un plus grand respect accordé à la nature (Bibeau 2020: 315).

La campagne Land Back vise à rétablir la gouvernance des Premiers Peuples sur les territoires ancestraux auxquels ils appartiennent et qu’ils ont pour responsabilité de protéger. D’un point de vue colonialiste, ce mouvement de revendication peut être appréhendé comme un possible frein à cette économie extractiviste. Comme l'écrit Taiaiake Alfred, quand les Autochtones réclament leur terre, il ne s'agit pas d'en expulser les « colons », mais bien d'amener ces derniers à démontrer du respect pour la terre et ses ressources (Alfred 2005: 153). Face au réchauffement climatique et à la menace d'une nouvelle grande extinction causée par cette économie extractiviste, il n'est peut-être pas mauvais de prendre du recul face à ce que l'on conçoit comme la marche effrénée et inarrêtable du progrès. En 1933, le chef et écrivain sioux Luther Standing Bear résumait ainsi la rencontre avec l'Occident :

Il est vrai que l'homme blanc a apporté de grands changements. Mais les différents fruits de sa civilisation, bien qu'ils soient colorés et invitants, rendent malades et tuent. Et si c'est l'objet de la civilisation de mutiler, voler et nuire, alors qu'est-ce que le progrès? J'irais jusqu'à affirmer que l'homme assis au sol dans son tipi, qui méditait sur le sens de la vie, acceptant la parenté de toutes les créatures, et reconnaissant l'unité avec l'univers des choses, s'imprégnait de la véritable essence de la civilisation. Et lorsque l'homme autochtone a délaissé cette forme de développement, on a freiné la croissance de son humanisation (cit. in Viau 2015: 180-1)

Les poèmes défilant à l'écran sont représentatifs des efforts faits par les poètes et poètesses autochtones du Québec pour, d'une part, réfléchir la décolonialisation et, de l'autre, exprimer une culture « basée sur une éthique qui inclut les non-humains et qui accepte que les arbres parlent et que certains éléments de la nature fassent partie de la parenté » (Beauclair 2018: 136).

Pour faire défiler ces poèmes, les personnes étudiantes ont utilisé le langage informatique Python et son dérivé CircuitPython, un compilateur Python complet et un environnement d'exécution qui s'exécute sur le matériel d'un microcontrôleur, par exemple ici un écran LCD soudé sur un RasberryPi.

Le Raspberry Pi est un nano-ordinateur monocarte à processeur ARM de la taille d'une carte de crédit conçu par des professeurs du département informatique de l'université de Cambridge dans le cadre de la fondation Raspberry Pi3.

Le Raspberry Pi fut créé afin de démocratiser l'accès aux ordinateurs et au digital making (terme anglophone désignant à la fois la capacité de résolution de problèmes et les compétences techniques et informatiques). Wikipedia

Les personnes intéressées à apprendre rapidement les bases de Python peuvent suivre le cours intensif que le professeur Tristan Landry a conçu pour ses étudiants et étudiantes. Le code du projet est accessible dans GitHub.

Conception : Tristan Landry
Code : David Bouchard, Victoria Candat, Antoine Gauthier-Trépanier, Catherine Lampron, Jean-Cristophe St-James-Simard
Sculpture: Jacques Gill
Texte et image : Christine Sioui-Wawanoloath
Aide à la réalisation : Ludovic Blais, Antoine Gauthier-Trépanier, Joshua Vachon
Polices : Dave 'Squid' Cohen, Dan Sayers
Validation : Suzie O'Bomsawin, directrice générale adjointe du Conseil des Abénakis d'Odanak et coprésidente du comité institutionnel pour et avec les peuples autochtones- K'wadan8bna, UdS, Patricia-Anne Blanchet, Conseillère en pédagogie autochtone et coordonnatrice du comité M8wwa ᒪ ᒧ mamu, UdS

Références

Alfred, Taiaiake. 2013. Wasase: Indigenous Pathways of Action and Freedom. Peterborough, Broadview Press.

Beauclair, Nicolas. 2019. « Littérature amérindienne, éthique et politique : la poétique décoloniale de Joséphine Bacon. » Studies in Canadian Literature 43 (1): 128-145.

Bibeau, Gilles. 2020. Les autochtones : la part effacée du Québec. Montréal, Mémoire d'encrier.

King, Thomas. 2013 [2012]. The Inconvenient Indian: a Curious Account of Native People in North America. Toronto, Anchor Canada.

Viau, Roland, 2015. Amerindia : Essais d'ethnohistoire autochtone. Montréal, Presses de l'Université de Montréal.

Recueils de poésie

Bacon, Joséphine, 2009. Un thé dans la toundra / Nipishapui nete mushuat. Montréal, Mémoire d'encrier, coll. « Poésie ».

Bacon, Joséphine, 2018. Uiesh / Quelque part. Montréal, Mémoire d'encrier, « Poésie ».

Gill, Marie-Andrée, 2019. Chauffer le dehors. Chicoutimi, La Peuplade, « Poésie ».

Kanapé Fontaine, Natasha, 2014. Manifeste Assi. Montréal, Mémoire d'encrier, « Poésie ».

Picard-Sioui, Louis-Karl, 2013. Les grandes absences. Montréal, Mémoire d'encrier, « Poésie ».

Sioui, Jean, 2019. A'yarahskwa' / J'avance mon chemin. Montréal, Mémoire d'encrier, « Poésie ».

Sioui-Wawanoloath, Christine, 2019. Dans l'œil du lièvre : poèmes et images. Odanak, Christine Sioui-Wawanoloath, 2019.